Cinq propositions pour protéger les investisseurs et les entreprises cotées.

Le thème de la crise boursière est d’actualité. Les solutions pour sortir de cette crise s’avèrent être un sujet particulièrement polémique. En fait, il court actuellement trois principales thèses:

• Il ne faudrait rien faire selon la première approche, très conservatrice. Dans cette logique on prétent qu’il faudrait laisser faire le marché. L’idée qui prédomine, c’est que la loi du marché doit rester la plus forte, qu’après tout elle fait bien les choses (ont dit même dans les milieux professionnels que les marchés sont « efficients» et qu’ils ont toujours raison). C’est une vue très « anglo-saxonne » qui fait la part belle au libéralisme sans interventionnisme.

• Un deuxième point de vue consiste à désigner l’ennemi : les hedge funds (la gestion alternative en français). Ce seraient sur eux que pèserait la plus lourde responsabilité des déboires actuels de la bourse, car ils ne sont pas règlementés et peuvent agir à leur guise, notamment pour spéculer avec des effets de levier importants pour se nourrir des pertes des autres. Dans cette logique, ce serait ces hedge funds qu’il faudrait maîtriser, réglementer. Le Gouvernement Français vient de s'y atteler (Décret paru vendredi 24/10/08 sur ce thème).

• La troisième vision de l’organisation des marchés financiers est plus « latine ». Elle milite en faveur de la mise en place d’un encadrement puissant et d’une réglementation renforcée pour « domestiquer » le fonctionnement des marchés financiers. C’est la piste de réflexion proposée par l’Association pour la Défense du Patrimoine Financier Français (www.adpff.fr). Nous défendons l’idée qu’une intervention marquée de l’Etat, au delà du problème des hedge funds est  souhaitable pour véritablement calmer les marchés financiers et leur permettre de reprendre leurs esprits.

En effet, nous pensons que sur le terrain des marchés financiers se joue actuellement un match infernal entre l’économie réelle (qui s’appuie sur la vraie valeur des entreprises) et l’économie virtuelle (la spéculation). Cette dernière commet des actes d’agression extrêmement violents qui pourraient finir par mettre en danger l’économie réelle. Notre association milite donc en faveur de l’idée qu’il faut un coup de sifflet retentissant de la part de l’arbitre, pour mettre un terme à ces agressions. Pour nous l’arbitre, ce serait l’Etat.

Dans la même logique que l’on ne soigne pas une pneumonie comme on soigne un rhume, nous pensons qu’il faut un remède radial pour remettre d’aplomb le fonctionnement des marchés financiers.

Nous proposons donc, aux Pouvoirs Publics, de créer une commission de travail autour des cinq propositions suivantes:

5 propositions à étudier

1. La création d’un marché authentifié et réservé aux investisseurs. Nous défendons l’idée que les spéculateurs et les investisseurs «sérieux » ne peuvent plus vivre ensemble sur un seul et même marché. Ce nouveau marché serait règlementé pour protéger les investisseurs et les entreprises cotées. La valeur des actions des entreprises cotées serait authentifiée par un organisme indépendant qui serait mandaté par l’État. Un peu comme les notaires sont habilités à authentifier les actes juridiques en France, l’évaluateur d’entreprise serait un Officier Public qui établirait chaque trimestre la valeur économique de l’entreprise cotée. Cette valeur économique serait estimée en prenant la moyenne des différentes méthodes utilisées par les praticiens de l’évaluation, ce qui permettrait d’avoir une estimation fiable, indépendante du marché et des règles purement comptables des normes IFRS actuelles. Cette « mise sous tutelle » des marchés financiers serait momentanée, le temps d’accomplir des réformes de fonds et le temps que les marchés retrouvent leurs esprits.

2. La création d’un « serpent financier ». L’idée est ici d’encadrer une valeur pour la protéger de la spéculation, un peu comme nous le faisions avec le Franc et le serpent monétaire. Dans cette logique, le cours d’une action pourrait évoluer selon les règles du marché (l’offre et la demande), mais dans une limite de 10 % en plus ou en moins par rapport à la valeur authentifiée par l’évaluateur agréé. La volatilité des cours serait donc encadrée, limitée à 20 % par trimestre, laissant ainsi au marché la possibilité de s’exprimer tout en protégeant l’investisseur et les titres cotés. Rappelons que, selon les principes de notre première proposition, le cours serait « recalé » tous les trimestres à la valeur économique de référence, actualisée et authentifiée.

3. Le renforcement des pouvoirs et des missions de l’AMF (l’Autorité des Marchés Financier). C’est elle qui pourrait être chargée de veiller aux respects de ces principes. Les évaluateurs d’entreprises seraient agréés par elle et agiraient sous son autorité. Elle serait également chargée de mettre en place une règlementation spécifique pour les hedge funds, une sorte de « bouclier hedge funds » qui devrait être opérationnelle à partir du moment ou « la mise sous tutelle » des marchés serait levée.

4. La limitation des rémunérations des opérateurs sur les marchés. Lorsque l’audace paie trop, elle favorise les prises de risque inconsidérées, surtout lorsque cela n’est pas avec son propre argent. Il faut donc encadrer les pratiques de rémunération des opérateurs (brokers, traders).

5. L’exemplarité immédiate. Les marchés sont aujourd’hui mondialisés. Même le rêve du découplage des pays émergents s’est effondré. Il faudrait donc une action internationale et concertée si ces réformes étaient retenues. Avant d'en arriver là, nous proposons aux Pouvoirs Publics français de créer une commission d’étude de ces propositions avec l’objectif d’être en mesure d’agir, car la situation requière, selon nous, des mesures d’urgences. Nous proposons donc que la France montre l’exemple. Notre Président a affirmé sa volonté d’engager des réformes pour réguler les marchés financiers. Nous souhaitons lui apporter notre soutien en représentant une force de réflexion et en présentant nos propositions. A notre avis, l’autre conséquence favorable à une mise en œuvre des ces réformes serait une remontée importante et immédiate des cours de la Bourse française.

Commentaire sur notre perception de la crise financière et économique.

Nos propos ne consistent certainement pas à nier les problèmes financiers et économiques que nous traversons. La situation est complexe puisque nous traversons deux crises qui se superposent : Une crise de confiance qui a commencé avec l’affaire des « subprimes ». Grâce aux interventions concertées des États et des Banques Centrales nous devrions sortir de ce climat de défiance qui inhibe la circulation des capitaux et l’octroi des crédits indispensables à nos économies modernes. Mais il y a aussi une crise économique qui arrive et qui devrait durer plusieurs mois. Toutefois, cette récession annoncée ne devrait pas rester dans les anales, si son intensité n’est effectivement pas augmentée par les conséquences néfastes de la crise financière actuelle. D’où la nécessité aussi d’en sortir au plus vite.

En somme, il s’agit d’une situation préoccupante mais certainement pas catastrophique comme les marchés financiers le laisse entendre actuellement.

Nous assistons à une rupture historique entre la vraie valeur des entreprises et celle donnée par les cours de Bourse car les spéculateurs cherchent à se nourrir des pertes des vrais investisseurs, d’où la nécessité de ne bas bouger, de maintenir les positions à vocation moyen long terme de vos investissements.

En un an, toutes les places financières du monde se sont écroulées d’environ 50 %. Pourtant, les entreprises du monde entier ne valent pas deux fois moins qu’hier. La volatilité aussi s’est emballée jusqu’à ne plus avoir de sens : + 20 % - 20% en une semaine, parfois même en une seule journée. La vraie valeur des entreprises ne varie pas autant et pas si vite. Ce n’est pas sérieux. Pour le moment, les marchés financiers ne réagissent plus avec sérieux. Il faut donc, d’après nous, les "mettre sous tutelle" momentanément, le temps d’élaborer de nouvelles règles d’encadrement pour leur fonctionnement, dans le but de mieux protéger les épargnants et aussi les entreprises qui cotent.